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L’addiction, une réalité chez les soignants ?

Après le drame de la maternité d’Orthez la semaine dernière, le débat sur les addictions chez les professionnels de santé est relancé. Une anesthésiste souffrant de dépendance à l’alcool a provoqué le décès d’une patiente lors de son accouchement. Une addiction qui n’est pas rare dans cette profession.

Rappel des faits. Jeudi dernier, une anesthésiste belge âgée de 45 ans a été mise en examen pour homicide involontaire aggravé et placée en détention provisoire. Dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 septembre, un grave accident est survenu à la maternité d’Orthez. Une jeune femme de 28 ans, admise au centre hospitalier pour y accoucher, s’est trouvée plongée dans le coma à l’issue de sa césarienne. Si le bébé est sain et sauf, la jeune maman, elle, est décédée d’un arrêt cardiaque 3 jours plus tard.

L’autopsie du corps aurait démontré qu’une mauvaise intubation aurait causé le décès : le tube relié au respirateur artificiel aurait été inséré non dans la trachée de la patiente, mais dans son œsophage, la privant d’oxygène durant 15 minutes. Alors mauvais geste, erreur de procédure ? L’enquête auprès de l’équipe soignante révélerait que l’anesthésiste était visiblement alcoolisée au moment des faits, citant « des difficultés d'expression, de compréhension et des problèmes de réactivité » de sa part. De plus elle s’est présentée aux autorités le jour même avec plus de 2 g d’alcool par litre de sang. 

Le médecin aurait expliqué aux gendarmes consommer quotidiennement de l’alcool, et avoir en permanence sur elle une bouteille d'eau remplie de vodka. Lors de la perquisition effectuée à son domicile, les gendarmes auraient également découvert de nombreuses bouteilles d'alcool vides. L’anesthésiste a avoué avoir un problème pathologique avec l’alcool. Un type d’addiction qui n’est pas vraiment rare dans cette profession…

Un praticien interrogé sur 10 rencontre des difficultés avec l'alcool, la consommation de tranquillisants ou encore la prise excessive de cannabis

Une équipe de médecins français avait notamment mis en place une enquête, au début des années 2000, afin de s’intéresser aux addictions dans le milieu des anesthésistes. Et la découverte qu’ils ont faite est assez dérangeante : un praticien interrogé sur 10 rencontre des difficultés avec l'alcool, la consommation de tranquillisants ou encore la prise excessive de cannabis. Le Pr Francis Bonnet, vice-président de la Société française d'anesthésie-réanimation, un des auteurs de l’étude, explique que  « sur les 9000 médecins anesthésistes que compte la France, environ 90 d'entre eux sont concernés par les problèmes d'addiction ». Les plus touchés par ce problème étant les 55-65 ans. Il tempère cependant ces chiffres en indiquant que « chaque année, 11 millions de personnes sont anesthésiées et un accident anesthésique pour 100 000 est recensé contre 1 pour 1000 en péri-opératoire ».

Si cette profession est particulièrement exposée aux risques d’addiction c’est tout d’abord car l’anesthésiste gère beaucoup de stress en ayant la vie des patients entre ces mains. S’ajoute à cela des gardes lourdes et fréquentes, du travail de nuit et en urgence… Mais une autre vérité moins avouable reste un facteur déclencheur important : l’exposition quotidienne à des produits addictogènes, qui sont utilisés pour procéder à l’anesthésie. «Ce matin, j'avais tout un tas d'hypnotiques et de morphiniques sous la main pour travailler, prouve le Dr Christian-Michel Arnaud, président du syndicat national des anesthésistes-réanimateurs de France. Il est donc très facile de s'en procurer si on le souhaite».

C’est la consommation d’alcool qui arrive en tête des addictions dans cette profession, à 59%

Mais c’est la consommation d’alcool qui arrive en tête des addictions dans cette profession, à 59%. «Bien que cette enquête date un peu, les chiffres sont encore proches de la réalité» explique le Dr Michel Chandon, un des auteurs et anesthésiste-réanimateur à l'hôpital Foch à Suresnes. Sur les 3476 médecins qui avaient répondu à l'époque, 6,5% avaient déclaré avoir un problème avec l'alcool. Un taux semblable à celui retrouvé sur la population générale. Parmi les médecins anesthésistes dépendants, 41 % ont une dépendance aux tranquillisants, morphiniques et hypnotiques, suivis par le cannabis à 6,3%, 5,3% pour les opiacés et enfin les stimulants à 1,9%.

Les symptômes de ces addictions sont facilement repérables : sorties fréquentes du bloc opératoire, absences répétées et injustifiées, changement d’humeur soudain (dépression, anxiété, euphorie) …  Un comportement semblable à celui de l’anesthésiste belge, qui n’a pas été dénoncé par l’équipe qui l’entourait et qui, malheureusement, a fait une victime. Un accident grave qui, à l’avenir, poussera peut-être les professionnels de santé confrontés à ces comportements, à dénoncer ces conduites addictives qui peuvent toucher tout soignant, avant qu’il ne soit trop tard…

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