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Une centaine de généralistes roannais ferment leur cabinet trois jours pour alerter sur la situation de leur spécialité

Une centaine de médecins généralistes du bassin roannais ferment leur cabinet de lundi à mercredi afin d'alerter les pouvoirs publics sur leurs difficultés d'exercice et la situation de leur spécialité, a-t-on appris lundi auprès du Dr Lisa Otton, l'une des animatrices du mouvement.

Cette grève de trois jours s'explique par l'exaspération des médecins généralistes vis-à-vis des pouvoirs publics, accusés de ne pas prendre la mesure de l'évolution de la démographie médicale, de l'épuisement professionnel guettant certains praticiens, des conditions d'exercice et de renouvellement des généralistes, et de l'organisation des soins en équipe, a résumé le Dr Otton.

"Malgré de nombreuses mises en garde, l'ensemble des médecins du bassin roannais est révolté de voir l'indifférence et l'immobilisme du monde politique, tous partis politiques confondus, responsables ou non de la santé", explique le collectif de médecins dans une lettre aux patients mise en ligne par l'Union française pour une médecine libre (UFML).

"Le vote en toute hâte par les députés [du projet de loi de santé] témoigne de l'incompréhension par la classe politique de la problématique des médecins. L'évolution considérable de la charge administrative demandée aux médecins aura un impact négatif sur leur disponibilité, et donc à l'accès aux soins de la population", écrivent-ils.

"Tant que la démographie médicale n'évoluera pas favorablement, les médecins de Roanne et de sa région ne seront plus en mesure d'accepter de nouveaux patients dans leurs patientèles déjà trop chargées", écrivent-ils, assurant vouloir "sauver la médecine générale" et inciter davantage de jeunes à s'installer.

L'adoption du projet de loi de santé à la mi-avril a été le "déclencheur" pour cette action inédite à Roanne, confirme Lisa Otton, où un médecin généraliste sur trois fait partie de l'association de la médecine générale du Roannais (AMGR), qu'elle a fondée en 2010 pour améliorer l'exercice de la spécialité dans le bassin de vie.

Roanne, excentrée au Nord-Ouest du territoire de santé "Ouest" de Rhône-Alpes, compte 37.500 habitants, au coeur d'une zone de soins de proximité de 167.230 habitants, selon les données du projet régional de santé (PRS).

Les médecins généralistes, dont la densité y est inférieure à la moyenne nationale, sont confrontés à une population de plus en plus vieillissante, et par contrecoup à l'accroissement de leurs tâches administratives, alourdies par les tracasseries de l'assurance maladie s'agissant des affections de longue durée (ALD), souligne Lisa Otton.

Si certains projets d'amélioration de l'exercice ont vu le jour comme la "maison des internes" permettant d'accueillir ces derniers pendant leur stage dans le bassin roannais grâce au syndicat du territoire d'arrondissement, d'autres sont mis en échec comme la création d'une nouvelle maison de santé pluriprofessionnelle, regrette Lisa Otton, déplorant le revirement de la municipalité à la suite des élections de 2014.

LE MOUVEMENT S'ETEND EN BOURGOGNE

Les généralistes de Roanne sont déterminés à se faire entendre, assure-t-elle, estimant que 95% des praticiens fermeront leurs cabinets. Seuls quatre généralistes de l'agglomération ont décidé de laisser leur cabinet ouvert toute la semaine car "ils sont épuisés et redoutent de ne pas pouvoir gérer l'afflux de patients jeudi et vendredi".

"C'est sûr, jeudi et vendredi, on va en baver, on le sait", reconnaît Lisa Otton, qui assure s'y être préparée. Elle souligne par ailleurs qu'avec ses confrères, elle compte travailler le soir sur les dossiers de ses patients afin d'assurer le bon transfert d'informations avec les établissements de soins et en particulier le CH de Roanne, dont les urgences seront sollicitées en début de semaine.

Le syndicat MG France et l'UFML ont respectivement publié vendredi et samedi des communiqués de soutien au collectif des médecins de Roanne.

Par ailleurs, le collectif "Médecins sans télétransmission" de Saône-et-Loire a décidé dimanche soir de s'associer par solidarité à cette grève pour la seule journée de mercredi, rapporte le Journal de la Saône-et-Loire sur son site internet. Le collectif regroupe 200 des 350 généralistes de ce département qui jouxte la Loire au Sud, indique le quotidien.

www.apmnews.com - vg/eh/APM polsan

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