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Doit-on « aimer » les patients pour bien les soigner ?

Une question récurrente dans le monde médical et paramédical. C’est ce à quoi s’est interrogé le docteur François Baumann. Faut-il « aimer » un patient pour bien le soigner ? Mais, est-il possible de soigner un patient sans « l’aimer » ? Par ces mots, doit-on comprendre que le soignant doit toujours être attentif à l’autre ? Qu’il est possible de partager et ressentir les douleurs et souffrances du patient ? La compassion et l’empathie sont-elles compatibles avec le soin ? Où se trouve la juste distance ?

On pourrait croire qu’être attentif à un patient est évident. Mais qu’entend-on par ce mot ? Peut-on vraiment être attentif à lui, qui remet sa vie entre vos mains, sans un minimum d’ « amour » ou de bienveillance ?

 

Est-ce de l’empathie ?

Il est impensable qu’un soignant se laisse submerger par la souffrance et la douleur d’autrui. Il devient difficile pour lui de se retrouver, sans mettre en jeu sa propre santé mentale. Pourtant, par son métier, celui-ci désire vraiment l’aider, l’accompagner, le soulager, voire le guérir. Après s’être trop investi dans une relation avec un patient, un bon nombre de soignants ont connu une période de burn-out. 

Est-ce de la compassion ?

La compassion, proche de la sympathie, suggère une certaine forme d’émotion, loin de l’objectivité recherchée dans une relation soignant-soigné. Cette notion sous-entend que le soignant souffre avec son patient. Mais, peut-il ressentir les douleurs de son patient avec la même intensité et la même souffrance que lui ? Doit-il souffrir autant que le patient pour le comprendre ?

Il paraît évident qu’on soigne mieux un patient si l’on a vécu la même chose que lui. Du moins, c’est ce dont pense le docteur François Baumann, médecin généraliste, cofondateur de la société de formation thérapeutique du généraliste, et membre du Comité Scientifique International de l’UNESCO.

L’amour du soignant, dès lors qu’il vise à soulager la personne qui souffre, peut être considéré comme une forme particulière d’attention, portée à autrui. Le Dr. Baumann explique même que l’empathie est une forme essentielle de l’éthique de la relation, mais que la sympathie et la compassion ne suffisent pas.

Une certaine distance est nécessaire.

Dans la relation soignant-soigné, une certaine distance est nécessaire. Etre trop proche du patient entraîne la perte d’objectivité et accroît ainsi le risque émotionnel. Pourtant, rester dans la distance de ses patients, ou de ses proches, reste extrêmement difficile. Soigner des proches ou des membres de sa famille est souvent coûteux pour les deux parties ; d’où la nécessité de définir la bonne distance. 

Il reste toutefois un autre problème. Définir la bonne distance peut nuire aux autres aspects de la relation. Annoncer une mauvaise nouvelle n’est pas du tout évident, mais ça l’est encore moins à un proche. Cela peut devenir une véritable épreuve pour certains. La difficulté est tout aussi grande lorsqu’il s’agit de nouveaux patients. Pourtant, éthiquement, le médecin ne peut choisir parmi les patients ceux qu’il soignera et ceux dont il ne s’occupera pas.

Rester objectif dans la pratique de soins.

Est-ce donc contradictoire de devoir aimer le patient pour bien le soigner ? Il apparaît évident que garder une certaine distance, et ne pas se laisser dominer par ses émotions, serait le meilleur moyen de rester objectif dans la pratique de soins.

En fin de compte, peu importe que vous vous sentiez en phases ou non avec vos patients – même si c’est toujours mieux – seule compte la qualité de la prise en charge. Les émotions et sentiments n’ont pas vraiment leur place, au risque de fausser le diagnostic, et faire obstacle à la qualité du raisonnement médical. Sérénité et distance, deux notions requises par la prise en charge. Attention, l’indifférence peut être également nuisible à la prise en charge. 

En fin de compte, le principal est que le soignant reste à l’écoute du patient. Sans un minimum d’empathie, on ne peut plus parler de « médecine de l’homme », et le patient devient une « marchandise ». Pour éviter cela, revaloriser les qualités d’empathie, de concentration, d’écoute et de responsabilité, reste nécessaire.

Et vous, comment vivez-vous la relation avec vos patients ? Que ressentez-vous ? Avez-vous déjà vécu une situation particulièrement difficile ?

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