Bienvenue

Entre 19.000 et 40.000 professionnels de santé ont défilé à Paris contre le projet de loi de santé

Près de 50.000 blouses blanches sont venues manifester dans la capitale contre la loi santé. Marisol Touraine a affirmé sa «volonté de dialogue».

PARIS, 16 mars 2015 (APM) - Entre 19.000 professionnels de santé, selon la préfecture de police, et 40.000 selon les organisateurs, ont défilé dimanche après-midi à Paris pour protester contre le projet de loi de santé, a constaté l'APM sur place.

La manifestation, initiée par les syndicats d'internes fin janvier, a dépassé les attentes des organisateurs en rassemblant en grande majorité des médecins et étudiants en médecine, mais aussi des pharmaciens, des chirurgiens dentistes et des paramédicaux de l'ensemble des régions de France, à l'appel de la quasi-totalité des syndicats de professionnels de santé libéraux.

Le cortège, gonflé de ballons et de tirs de fumigènes, s'est étiré de la place Denfert-Rochereau (XIVème), vers 14 heures, jusqu'à la place Vauban (VIIème), à quelques dizaines de mètres du ministère des affaires sociales et de la santé, où il s'est dispersé dans le calme peu après 17 heures.

En tête de la manifestation, affichant leur unité, se sont avancés les présidents des syndicats représentatifs des médecins libéraux, associés aux responsables des internes et des jeunes médecins généralistes, tenant une banderole proclamant le slogan "tous unis pour la santé de demain, non au projet de loi de santé".

Les manifestants, regroupés par région, ont défilé dans une ambiance fêtarde malgré le froid, au rythme des camions sonorisés ou des fanfares, mêlant morceaux de techno aux chansons détournées, ponctuées d'interventions scandant l'opposition à la loi de santé et à Marisol Touraine.

Aux internes et étudiants en médecine portant la blouse blanche se mêlaient de nombreux anonymes, médecins en exercice ou retraités accompagnés pour certains par des membres de leur famille. Si beaucoup arboraient les couleurs de leur centrale syndicale ou défilaient derrière la bannière de leur syndicat de spécialité, d'autres accompagnaient la foule sans autre marque distinctive, en reprenant de bon coeur les slogans dirigés contre le projet de loi.

UN RAS-LE-BOL GENERALISE

Comme de nombreux syndicalistes se sont plu à le rappeler, le texte semblait faire l'unanimité contre lui chez les participants, pourtant tous venus d'horizons divers, soit en groupe et grâce à des transports affrétés spécialement, soit par leurs propres moyens.

Plusieurs médecins interrogés par l'APM, jeunes installés, praticiens confirmés ou séniors en retraite active, de tous secteurs d'exercice, ont surtout mis en avant un "ras-le-bol" global, dirigé contre l'assurance maladie et les velléités des tutelles de renforcer leur emprise sur eux, invoquant un manque de reconnaissance et un blocage des tarifs alors que les charges augmentent.

Si certains se méprenaient sur le contenu réel du texte, tous ont mis en avant leur mécontentement à l'égard des caisses d'assurance maladie, redoutant que la généralisation du tiers payant n'accroissent encore les démarches administratives et la paperasserie, ainsi que le rôle croissant des complémentaires santé.

Pour fermer la marche se trouvaient le camion rouge du "Mouvement pour la santé pour tous", collectif de 45 organisations représentant en quasi-totalité des professionnels libéraux, qui réclamait non pas la réécriture du projet de loi mais son retrait, la fédération de l'hospitalisation privée (FHP) ainsi que la caravane de la vindicative Union française pour une médecine libre (UFML), très remontée contre la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes.

Si la plupart des slogans entendus ou vus dans le cortège avaient le caractère potache et peu varié de praticiens peu rompus aux manifestations ("Marisol, t'es foutue, les médecins sont dans la rue"), d'autres, particulièrement en fin de cortège, visaient personnellement Marisol Touraine, dans des termes peu amènes, vulgaires, voire injurieux.

Pendant que de nombreux manifestants s'emparaient des réseaux sociaux, en particulier Twitter, pour diffuser des images du cortège en rappelant leurs revendications, le ministère des affaires sociales et de la santé s'est employé à multiplier les messages justifiant les principales mesures du projet de loi.

MARISOL TOURAINE CAMPE SUR SES POSITIONS

A l'issue de la manifestation, la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes a reçu pendant près d'une heure trente au ministère une délégation des principaux organisateurs, dont les syndicats représentatifs des médecins libéraux, pour leur confirmer les ajustements au projet de loi annoncés en début de semaine lors d'une conférence de presse.

Lors d'un bref point presse suivant cette entrevue, Marisol Touraine a rappelé sa "volonté de dialogue" avec les professionnels. Elle a confirmé le maintien de l'examen du texte par le Parlement, qui débutera mardi soir par la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, avec le dépôt d'amendements du gouvernement rédigés suite à la concertation engagée fin janvier avec les professionnels de santé.

Pour Marisol Touraine, ces amendements sont à même de "répondre aux préoccupations" des professionnels de santé, notamment sur les garanties apportées aux praticiens pour la généralisation du tiers payant ou l'organisation de communautés professionnelles territoriales de santé. Elle a par ailleurs assuré aux jeunes médecins que la liberté d'installation ne serait pas remise en cause.

Interrogés à l'issue de ce point presse, les syndicats de médecins libéraux étaient partagés sur la réponse de la ministre face à la mobilisation de la profession, soulignant qu'ils n'avaient pas pu consulter les amendements qu'elle entendait déposer sur le texte.

"Il y a un signal d'écoute de Marisol Touraine et du gouvernement, reste à voir si ce signal comprend les mesures dont nous avons besoin", a observé le Dr Claude Leicher, président de MG France.

Evoquant la généralisation du tiers payant, il a souligné que les acteurs travaillaient depuis un an et demi sur le dispositif. "Pour l'instant on ne peut pas dire qu'on ait vu le début d'un commencement de dispositif 'facile à utiliser' comme dit le président de la République, 'sans surcharge de travail' comme le promet Marisol Touraine, et sans rechercher les paiements qui ne seraient jamais arrivés", a-t-il relevé.

"Malgré 40.000 médecins toutes générations confondues qui se sont réunis aujourd'hui à Paris contre ce projet de loi de santé, la ministre n'a rien annoncé de nouveau", a déploré le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). "Ce projet de loi de santé doit bouger, la ministre doit entendre la colère des médecins (...). Or aujourd'hui nous n'avons eu aucune avancée", a-t-il ajouté.

"Marisol Touraine nous a fait du Marisol Touraine: elle nous dit que nous n'avons pas bien lu, qu'elle a fait des amendements tenant compte de nos propositions", a observé le président de la Fédération des médecins de France (FMF), le Dr Jean-Paul Hamon, relevant que le projet d'autoriser la vaccination par les pharmaciens allait se muer en simple expérimentation alors que le groupe de travail réclamait sa suppression pure et simple.

"Il y avait 40.000 personnes dans la rue, et rien ne change. Nous avons affaire à un mur", a déploré le Dr Hamon, stigmatisant la "surdité" du gouvernement et annonçant la poursuite des pétitions contre la loi signées par les patients, avec pour objectif un million de signatures.

www.apmnews.com - vg/sl/APM polsan

0 commentaire

Déjà inscrit

 Se souvenir de moi

Pas encore inscrit ? Rejoignez La Passion du Soin !

 J'accepte les conditions générales d'utilisation de La Passion du Soin

A lire aussi

Une note des Renseignements généraux, datée du 5 mars, alerte sur le phénomène de saturation des services d'urgence hospitaliers. De son côté, Marisol Touraine a assuré que le ministère a identifié les situations de crise et que celles-ci sont suivies de près avec les agences régionales de santé.