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Interview d'une IDE

Après tous les débats qui ont suivi la présentation de la Stratégie Nationale de Santé (SNS) de Marisol Touraine, la ministre des Affaires Sociales et de la Santé, nous sommes allés à la rencontre d’Isabel, infirmière en cardiologie à Clermont-Ferrand, qui nous donne son avis sur cette loi de santé.

Marisol Touraine a fait le choix de trois piliers principaux pour cette réforme de santé : la prévention, la révolution du 1er secours et la démocratie sanitaire.

Qu’est-ce que cela évoque pour vous, en tant qu’infirmière ? 

« Je ne vois pas où est présent le principe de prévention car les effectifs sont amoindris, ils travaillent à flux tendu. Dans les urgences les box sont doublés voire triplés car il n’y a pas de lits d’aval, on a une certaine difficulté lors de la prise en charge du patient et donc il ne peut pas y avoir de prévention. Elle prend le problème à l’envers, il faut d’abord désengorger les urgences, mettre en place des lits d’aval et apporter du personnel.

Aujourd’hui on favorise les grands groupes, les cliniques privées, on fait du chiffre, aujourd’hui on brade la santé, pour moi ce n’est pas ça la démocratie sanitaire. C’est donner à toute personne le droit d’accéder aux soins quelque soit son origine ou son milieu social. Les gens doivent faire des crédits pour payer des dépassements d’honoraires c’est scandaleux. »

Quels changements apporteriez-vous à ces points ?

« En soit ces trois piliers sont intéressants si ils étaient pris dans le bon sens. Il faut mettre en place un règlement sur les dépassements d’honoraires, aider les hôpitaux publics et permettre à tous d’avoir une couverture sociale. Ces points sont importants mais pas dans la façon dont elle les amènent. » 

Concernant le principe de prévention, la Ministre souhaite mettre en place des actions ciblées sur cinq priorités : la jeunesse, la lutte contre les addictions, le cancer, la santé mentale et les personnes âgées. 

Trouvez-vous ces priorités essentielles et quelles actions proposez-vous pour les mettre en œuvre ?

« Je considère que tout individu a droit à une priorité mais effectivement les personnes âgées sont un « thème » très important. Malheureusement pour s’occuper d’eux on utilise du personnel à bas coût et non formé comme les auxiliaires de vie. Ils ont besoin de personnes formées pour assurer une bonne prise en charge. Il faudrait minimiser les coûts des maisons de retraite, car nous dilapidons notre propre patrimoine pour s’occuper de nos aïeuls.

Pour la lutte contre les addictions, il est vrai que l’alcool et le tabac sont de vrais fléaux, mais ils rapportent trop de taxes à l‘Etat pour les interdire. Il suffirait simplement d’appliquer la loi et de verbaliser ceux qui l’enfreignent comme les bureaux de tabac ou les magasins qui vendent des cigarettes et de l’alcool aux mineurs. Si vous vous garez du mauvais côté de la route vous êtes verbalisé mais s’attaquer à l’industrie de l’alcool et du tabac jamais… 

Il faudrait que la prévention dans les écoles soit plus présente, et de plus en plus tôt, afin de sensibiliser les jeunes aux dangers de la vie, dès leur plus jeune âge.

Il y a eu la réforme sur la santé mentale et qu’est-ce qu’on a fait ? On a fermé des lits ! Il est donc nécessaire de rouvrir des lits, prendre en charge le patient correctement et dans des structures adaptées, trop peu nombreuses… »

Marisol Touraine propose au cours de sa réforme la création de nouveaux métiers, comme celui d’infirmière clinicienne.

Trouvez-vous que la création de ce métier est un réel intérêt ? Un apport de compétences ?

« Je ne trouve pas qu’il y ait un intérêt particulier car il y a des spécialisations au sein même du corps. L’infirmière clinicienne serait là pour se substituer au médecin, il y a un transfert de compétences, mais l’infirmière et le médecin ont deux rôles complémentaires, donc chacun son travail.

Les études des médecins durent 8 ans et celles des infirmières 3 ans : on ne peut pas avoir les mêmes compétences ou alors il faudrait donner à l’infirmière une reconnaissance ou une formation supplémentaire. Mais aujourd’hui pour moi ça ne veut rien dire. »

Globalement que pensez-vous de l’ensemble des actions menées par la Ministre pour cette SNS ?

« Elle n’a aucune idée de ce que veut dire le mot Santé, de ce qu’est le métier d’infirmière. Il serait nécessaire qu’elle vienne sur notre lieu de travail, mette la main à la pâte et se rende compte des difficultés de cette profession. Elle n’a pas parlé des maternités qui ferment de plus en plus, ni pris de mesures contre ces fermetures, qui mettent pourtant en danger la vie des mamans et des bébés… »

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