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Multiplication des agressions de médecins : vers la création de déserts médicaux ?

Vendredi soir, un médecin de nuit a été roué de coups dans une cité de Vitry-sur-Seine (94). Il se rendait au chevet d’une dame âgée. Une nouvelle agression qui relance le débat sur l’insécurité ressentie par les professionnels de santé.

Envoyé par le SAMU, il était venu secourir une vieille dame souffrant d'hypertension artérielle. Le médecin généraliste n’aura finalement pas pu soigner la patiente et est reparti couvert d’ecchymoses. 

Trois hommes, au visage dissimulé, l'ont en effet roué de coups, vers 23h15 ce vendredi. Les agresseurs voulaient lui dérober sa mallette. Pourtant, la victime rappelle que désormais « les médecins travaillent avec la carte vitale et qu'ils n'ont plus d'argent sur eux »

« C'est la quatrième agression dont je suis victime en deux ans »

Le professionnel avoue avoir perdu toutes ses feuilles de Couverture Maladie Universelle et d’Aide Médicale de l’Etat. Mais surtout il souffre de contusions aux côtes et aux épaules, ainsi qu’une déchirure au niveau du nez. Et ce n'est pas la première fois que le médecin est visé…

 

« C'est la quatrième agression dont je suis victime en deux ans. Il n'est pas possible d'exercer dans ces conditions », explique-t-il. Il confie aussi avoir déjà été pris pour cible sans aucune raison : « A Choisy-le-Roi (94) une fois, ma voiture a été caillassée parce qu'il y avait écrit "médecin" dessus en gros ».

925 médecins ont déclaré avoir été victimes de violences en 2013

Cette tendance à la hausse des agressions des professionnels de santé se confirme au niveau national. Après plusieurs années de baisse, l'année 2013 a vu ces violences exploser. Selon l'Observatoire national de la délinquance, 925 médecins ont déclaré avoir été victimes de violences en 2013, une hausse de 16 % par rapport à 2012.

Les agressions sont principalement verbales, dans 69 % des cas. 11 % des violences sont physiques et 4 % des médecins déclarent avoir été victimes d’une agression armée. Ces chiffres témoignent d'une détérioration des conditions d'exercice et relancent le problème de l’accès aux soins dans certains quartiers. 

« Notre sécurité doit être garantie »

« Ce docteur était le seul qui acceptait encore de se rendre dans ce quartier de Vitry. [Le souci est que] ce sont toujours les mêmes quartiers qui posent problème : il faut trouver une solution avant que ceux-ci ne deviennent des déserts médicaux. Si le médecin n'est plus là, la pharmacie déménage, l'infirmière s'en va, etc. » explique Bernard le Douarin, président du Conseil de l'ordre du Val-de-Marne, suite à l'agression de vendredi dernier.

« On ne veut pas abandonner certains quartiers sous prétexte qu'ils sont dangereux, mais notre sécurité doit être garantie », insiste le Dr Siavellis, président de l'Union des médecins libéraux d'Île-de-France et coordinateur de la permanence des soins en Seine-Saint-Denis. 

Un système d’accompagnement doit être mis en place

« C'est à l'État d'assurer notre sécurité, on ne va tout de même pas s'armer pour aller soigner les gens » poursuit-il. Pour les différents groupes représentants des médecins, ces derniers doivent être accompagnés lors de leurs consultations nocturnes, afin d'être moins vulnérables.

Les professionnels de santé sont d’accord sur le fait qu’un système d’accompagnement doit être mis en place, afin que le médecin soit escorté dès la sortie de la visite, jusqu’à son véhicule. Et dès le début de l’année 2015, des bippers géo-localisables seront distribués aux médecins des zones les plus touchées par les agressions. 

Des bippers qui pourront être activés facilement

Des bippers qui pourront être activés facilement par les médecins en cas d'agression, un petit bouton permettant d'activer un micro et d'alerter la police simultanément. « Si une agression a lieu dans une cage d'escalier, c'est trop tard » remarque Bernard Le Douarin.

Des agressions qui ne sont pas sans conséquences : en 2002, un rapport alertait sur le risque que certains quartiers deviennent des déserts médicaux. Une situation préoccupante et des violences qui se répètent aussi dans les hôpitaux et autres lieux de soins. 

L'Observatoire national de la délinquance alerte donc aujourd'hui sur la recrudescence de ces agressions et sur l'incidence exponentielle des burn-out et dépressions touchant tout professionnel de santé.

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