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Pour ou contre la vaccination pratiquée par les pharmaciens ?

Actuellement, seuls les médecins, les sages-femmes et les infirmiers ont le droit de pratiquer la vaccination. Marisol Touraine envisage, via son projet de loi santé, de déléguer cette pratique aux pharmaciens. Une mesure qui divise les professionnels de santé…

« Pourquoi est-ce que je propose ça ? Parce qu'il y a de moins en moins de gens qui se vaccinent ». Voici la justification de Marisol Touraine face aux contestations des praticiens de santé. Cette réforme, du projet de loi santé, ne serait en effet pas mise en place dans le but d’enlever des prérogatives aux médecins. Mais plutôt dans l’optique de favoriser la vaccination des français en bénéficiant de la facilité d'accès à leur pharmacie. « La couverture vaccinale baisse. Si vous prenez les bébés, ils sont vaccinés à presque 100 %. Si vous prenez un vaccin contre la grippe, chez les plus de 65 ans (...) il y a un Français sur deux seulement qui se vaccine », détaille Marisol Touraine sur i-Télé. 

La ministre a expliqué qu'il ne s'agissait pas « d'enlever une prérogative aux médecins puisque les Français ne vont pas se faire vacciner » mais « d'avoir une solution uniquement complémentaire » afin de renforcer le système « en lien avec les médecins ». Les 22 438 pharmacies françaises permettraient de toucher plus aisément leurs 3,5 millions de clients annuels. On sait qu’aujourd’hui les populations peu vaccinées se rendent moins souvent chez le généraliste que chez le pharmacien, qui est, de plus, disponible sans rendez-vous. Même si aucun prix n’a encore été annoncé officiellement, le vaccin chez le pharmacien pourrait coûter 10 euros, tarif appliqué par les infirmiers, contre 23 euros, le prix moyen d’une consultation chez le médecin.

« Il est fondamental que la première vaccination soit faite par un médecin… »

Mais les médecins ne voient pas ce projet de loi d’un bon œil, pointant du doigt le manque potentiel de suivi du patient. Comme l’explique Claude Leicher, le président du syndicat des généralistes MG France, « les médecins, censés assurer une traçabilité et prévoir la suite pour leurs patients, ne seront destinataires d'aucun retour ». L’autre faiblesse de cette mesure est démontrée par Jean-Paul Ortiz, président de la confédération des syndicats médicaux français : « il est fondamental que la première vaccination soit faite par un médecin car il existe des contre-indications et des risques allergiques ».

Un point sur lequel s’accorde Philippe Gaertner, président de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France. « Notre profession devra s'engager à informer le médecin traitant, la formation devra être modifiée - il faudra poser les bonnes questions et si besoin renvoyer le patient vers le circuit médical - et enfin, organiser l'officine avec un lieu de confidentialité indépendant »

« S’il y a une opposition des infirmiers et médecins contre les pharmaciens, on va passer à côté… »

Mais convaincu que tous les pharmaciens ne sont pas du même avis, Claude Leicher insiste pour qu’une solution plus efficace soit trouvée. Fournir aux généralistes un stock de vaccins, disponibles dans leurs cabinets afin de « vacciner au fil des consultations des patients qui sont venus pour autre chose » pourrait en être une. Mais pour Philippe Gaertner, la population concernée est justement « celle qui ne va pas voir les médecins ».

Gilles Bonnefond, président de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine, ne trouve pas l’idée inintéressante mais refuse qu’elle soit mise en place si un désaccord existe entre les professionnels de santé. « Cette idée peut faciliter l'augmentation du taux de vaccination, mais pour gagner cette partie tout le monde doit être solidaire. S’il y a une opposition des infirmiers et médecins contre les pharmaciens, on va passer à côté. Je veux d’abord être sûr qu’ils soient d’accord ». En attendant les médecins généralistes sont appelés à fermer leur cabinet du 24 au 31 décembre pour protester contre le projet de loi santé…

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