Bienvenue

Quotidien des soignants : entre passion et ras-le-bol

Nous apprenions, en mars, qu’une grande majorité de professionnels de santé se disait satisfaite de l’exercice au quotidien de sa profession. Intitulé « Baromètre professionnels de la santé », ce sondage a été réalisé du 17 janvier au 13 février 2013, par téléphone. Infirmiers, chirurgiens-dentistes, kinésithérapeutes, médecins, orthophonistes, pédicures ou encore pharmaciens, plus de 1500 professionnels de santé ont été interrogés dans le cadre de cette étude. 

Sur ces 1503 professionnels de santé, 720 exerçaient en cabinet, 461 en établissement de soins, 207 étaient étudiants, et 115 internes en médecine. Cette étude visait à « donner à chaque profession son poids réel ». Parmi les sondés, 84% déclarent être satisfaits de « l’exercice au quotidien de (leur) profession », dont 24% estiment être « très satisfaits ». Les résultats de l’enquête montrent que les kinésithérapeutes, les orthophonistes et les pédicures sont les plus satisfaits (92%), suivis par les chirurgiens-dentistes (87%), les internes (86%), les infirmiers (84%) et les médecins (83%). Les pharmaciens ferment la marche (75%).

Selon une étude similaire réalisée en 2009 par la Commission européenne, seuls 7% des professionnels de santé ne sont pas satisfaits par la vie qu’ils mènent, contre 18% des français. En revanche, 86% des professionnels se disent optimistes de leur avenir personnel ; 61% des pharmaciens et 92% des étudiants. Par ailleurs, 93% des infirmiers pensent que le public a une bonne image de leur profession, contre seulement 38% des chirurgiens-dentistes.

53% des infirmiers angoissent à l’idée d’être mis en cause par un patient.

Sur l’échantillon interrogé, les trois quarts déclarent avoir confiance dans le système de santé français, contre 59% des français. Cependant, 53% des infirmiers angoissent à l’idée d’être mis en cause par un patient dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions.  Concernant le mode d’exercice des personnes interrogées, 39% exerçaient en libéral, 57% étaient salariés, et 4% exerçaient de façon mixte. Globalement, la plupart ne souhaitait pas changer de mode d’exercice.  96% des libéraux, 78% des salariés et 68% de ceux en exercice mixte ne souhaitaient pas changer de mode d’exercice. Pour les libéraux désirant changer de statut, les femmes sont plus nombreuses que les hommes. 

Le sondage a permis de connaître l’opinion des professionnels de santé, notamment sur l’installation des libéraux. Il en ressort que, lors de leur aménagement, 42% des libéraux souhaitent avoir un « accompagnement administratif ou juridique », 27% désirent une « aide financière à l’installation » et 19% aspirent à un « coaching régulier les deux-trois premières années » par un de leurs pairs. Par ailleurs, deux infirmiers sur dix avouent avoir un conjoint professionnel de santé, contre un médecin sur deux et un chirurgien-dentiste sur deux.

Le métier d’aide-soignant n’existe pas aux yeux de nombreuses personnes.

Les métiers d’infirmier et d’aide-soignant ne sont pas tous les jours faciles mais peuvent être très gratifiants. C’est la conclusion à laquelle nous sommes arrivés après avoir interrogé des infirmiers et aides-soignants. « J’ai choisi ce métier parce que j’aime la relation aux autres » explique une aide-soignante. Quant à Magali, aide-soignante en EHPAD, elle explique qu’exercer ce métier, auprès des personnes âgées, était un choix. « Les aider, les accompagner dans leur fin de vie, est pour moi une évidence » ajoute-t-elle. Sonia, également aide-soignante, indique que c’est le boulot qui l’a choisi, « Moi qui aime le contact et aider, c’est parfait ! ». Elle déplore cependant que le métier d’aide-soignant n’existe pas aux yeux de nombreuses personnes, « non, je ne suis pas infirmière ». « Par passion, vocation ou amour, évidence, besoin de contact, empathie ou encore hasard », globalement, voici les réponses des aides-soignantes lorsque nous les avons interrogé sur les raisons qui les ont poussées à exercer ce métier. 

Marie-Jeanne, pour sa part, explique qu’elle ne se voyait pas faire autre chose de sa vie, « aider les autres, travailler en équipe, être auprès des gens ». Elle, aussi, déplore le manque de reconnaissance du métier d’aide-soignante, « ils nous voient toutes IDE, mais je changerai de boulot pour rien au monde. Il y a tellement de gens dans la solitude, angoissés… On est là pour leur apporter un peu, mais le reste c’est à eux de décider ». Plusieurs aides-soignantes ont avoué faire ce métier à cause d’une expérience personnel. C’est notamment le cas de Christelle, qui a vécu une expérience lui donnant envie d’aller plus loin et d’apporter son aide. 

« Le plus beau métier du monde ».

Quand on interroge les infirmiers, les puéricultrices et les auxiliaires de puériculture sur cette même question, les réponses sont globalement identiques à celles des aides-soignants : passion, envie, vécu personnel, aléas de la vie, vocation ou amour, sourire des patients, soin, écoute, esprit d’équipe, etc. Ingrid nous répond que c’est « par envie d’aider (son) prochain, l’humanitude, et (son) sens du partage » qui l’ont amené à devenir infirmière. Mélanie, puéricultrice, exerce ce métier « par passion, par envie, le besoin d’aider, de soigner et d’accompagner les autres ». Certains ne se voyaient pas travailler ailleurs, c’est « le plus beau métier du monde » ajoute Emmanuel, infirmier. « Une vraie passion, un art de vivre » répond Stéphanie. « Ce que j’aime aussi, c’est que les patients nous le rendent bien, ils m’apportent beaucoup de choses, que ce soit dans la ville professionnelle que personnelle. J’aime me sentir utile pour une autre personne, la rassurer, créer une relation spéciale et établir une relation de confiance » se réjouit Marie.  « Le patient doit accepter que le soignant entre dans son intimité »

Entre « vocation » et « amour », les avis sont donc partagés. Certains soignants n’aiment pas utiliser le mot « vocation » en parlant de leur métier, comme Nicole, qui préfère « amour », ou encore Dominique. « Personnellement, ce n’était surtout pas une vocation, je déteste ce mot lorsqu’il est appliqué à notre profession. Nous ne sommes pas des bonnes sœurs ; j’ai fait ce métier d’infirmière car c’était une évidence, un choix de pouvoir soulager la souffrance, d’accompagner les personnes, d’apprendre 1 000 choses sur le corps humain, et pouvoir contribuer à guérir souvent les douleurs physiques et psychiques », affirme-t-elle.

« Mes journées durent parfois 15h ».

Malgré tout, les métiers d’infirmiers et d’aides-soignants sont contraignants. Deux journées en une, pénibilité du travail, et même la non-reconnaissance de ces contraintes, les soignants saturent et dénoncent leurs conditions de travail. « Mes journées durent parfois 15h, heures supplémentaires non comptabilisées bien entendu, et on m’en demande toujours plus », raconte une infirmière. Debout à longueur de journée, toujours en activité, à piétiner, à brancarder, à mobiliser des patients grabataires, porter des charges lourdes, travailler jour et nuit, beaucoup d’infirmières considèrent qu’elles exercent un métier physiquement pénible. Une expérience a même été menée pour connaître la distance parcourue en une journée. Résultat, les infirmières, ayant participé à cette expérience, un podomètre aux pieds, parcouraient en moyenne 11 kilomètres chaque jour. 

Cette pénibilité n’est pas seulement physique. Elle est aussi psychologique. Les soignants sont confrontés à la souffrance, la mort, l’agressivité, ou même l’identification de ce qu’ils pourraient devenir à long terme. Les soignants veulent davantage de moyens et de temps, pour prendre en charge les patients, mais aussi un salaire plus élevé, à la hauteur de la pénibilité de leurs tâches. Certains n’échappent pas au burn-out, perdent confiance en eux, et/ou s’estiment être inutiles. Leur travail souffre du manque de repos ; les soignants sont constamment rappelé sur leurs temps de repos. « Il m’est arrivé de rester sept heures d’affilée dans la chambre d’un patient instable. Dans ce cas-là, ce sont mes collègues qui m’amènent une petite collation. Il n’est aussi difficile de devoir partir à 19h alors que je n’ai pas terminé mes soins… », raconte une infirmière. Elle déplore le manque de disponibilité. Même rester cinq minutes de plus auprès d’un patient est devenu difficile. Comme elle le préconise, le ratio infirmier/patients doit être augmenté pour pouvoir travailler avec humanité. 

Entre passion et ras-le-bol, les infirmiers et aides-soignants tentent tant bien que mal d’effectuer leurs tâches. Malgré leur amour du métier, les conditions de travail peuvent les empêcher de le faire correctement, comme ils le souhaiteraient. Il reste beaucoup de progrès et de travail à Marisol Touraine, renommée Ministre des Affaires Sociales et de la Santé.

0 commentaire

Déjà inscrit

 Se souvenir de moi

Pas encore inscrit ? Rejoignez La Passion du Soin !

 J'accepte les conditions générales d'utilisation de La Passion du Soin

A lire aussi

Le gouvernement s’est mis d’accord sur un plan d’économies de 50 milliards d’euros sur trois ans, avec un effort de la Sécurité Sociale de 20 milliards d’euros, visant à engager une « véritable transformation » du système de Santé. Lors d’une conférence de presse donnée le 10 avril 2014, la Fédération Hospitalière de France a présenté un ensemble de propositions visant à réduire, ou du moins maîtriser, la masse salariale des hôpitaux. « Il faut s’attaquer à une réforme de structure », « sans tabou », et cesser « la politique du rabot qui consiste à répartir aveuglément les coupes budgétaires », a déclaré Frédéric Valletoux, président de la FHF. L’objectif est de réaliser, en cinq ans, cinq à sept milliards d’euros d’économies dans le système de santé, sans fermeture d’hôpitaux, mais avec une réduction des effectifs.