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Soignants-soignés, tous unis pour la Santé : les soignants se mobilisent et veulent se faire entendre

Suite au retrait du ministère de la Santé, puis à sa réintégration, suite au gel des salaires, et suite aux nombreuses évolutions de la législation, le Collectif NB3NP se mobilise dans six villes de France à l’occasion de la Journée Internationale de l’Infirmière le 12 mai 2014. Pour cette occasion, La Passion du Soin a rencontré à Lyon Jacqueline GUILLEMET, secrétaire du Collectif, et déléguée régionale.

Présentez-moi le Collectif NB3NP 

Le Collectif NB3NP, dont le slogan est « Soignants, soignés : tous unis pour la Santé ! », est une association loi 1901, publiée au Journal Officiel, le 2 février 2013. Le Collectif aspire à la mise en place d’un « leadership » des professions suivantes : infirmier, aide-soignant, auxiliaire de puériculture, et aide médico-psychologique. Il vise à promouvoir l’ensemble de ces professions. De même, il espère contribuer, à travers la mise en avant des savoir-faire professionnels, à l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins dans le système de santé français. Ce mouvement se revendique apolitique, en marge des syndicats déjà existants. 

Il s’adresse donc aux infirmiers, toutes spécialités confondues, cadres infirmiers, étudiants en soins infirmiers, aides-soignants et élèves, aides médico-psychologiques, auxiliaires de puériculture, enseignants en soins infirmiers mais aussi retraités. Nos revendications portent essentiellement sur les salaires, les formations, notamment le cursus Licence Master Doctorat, la reconnaissance et le statut, les conditions de travail, la retraite, ou encore sur la nomenclature des actes pour les infirmiers libéraux. 

Quel est votre rôle dans le groupe ?

Je suis Secrétaire du Collectif NB3NP, mais également déléguée de la région Rhône-Alpes et de la région Champagne-Ardenne. Je suis infirmière de profession depuis 23 ans, en Saône-et-Loire.

A qui vous adressez-vous ?

Nous nous adressons au gouvernement, et plus particulièrement au ministère des Affaires Sociales et de la Santé, dirigé par Marisol Touraine. Aujourd’hui, quand les médias parlent de la profession infirmière, c’est pour montrer les bons côtés. Malheureusement, ils ne montrent qu’une partie de la profession. Un hôpital, c’est aussi des cris, de la colère, des pleurs, des services engorgés, et aussi des couloirs encombrés. 

Que dénoncez-vous aujourd’hui à travers cette mobilisation ?

Le rendez-vous sur Lyon a été fixé devant l’Agence Régionale de Santé (ARS), qui est notre autorité de tutelle. Le mois dernier, le nouveau gouvernement a annoncé un changement dans les ministères. Résultat : aucun ministère de la Santé n’a été prévu, ce qui signifie que les professionnels de Santé n’existent pas aux yeux du gouvernement. Le gouvernement a vite rectifié l’erreur en nommant de nouveau le « Ministère des Affaires Sociales et de la Santé »

Pour le gouvernement, les soignants n’existent pas. Il y a quelques mois, nous avons écrit à Marisol Touraine, mais nous attendons toujours une réponse.  Nous voulons exister aux yeux de tous. Nous voulons du concret. Nous demandons à être reconnus. Aujourd’hui, nous voulons nous faire entendre, pour pouvoir être reçus par notre ministre. 

Depuis la loi HSPT, les établissements de soin sont perçus comme des entreprises, gérées par des managers. C’est du travail à la chaîne, avec des impératifs de productivité. Le relationnel n’est plus ce qu’il était. Les soignants sont frustrés : ils ne peuvent pas faire leur travail correctement, faute de moyens. Sans moyen, nous ne pouvons pas garantir la sécurité des patients. N’est-ce pas un problème ? Aujourd’hui, les soignants ne peuvent pas, non plus, guider et éduquer les étudiants, ni leur inculquer, comme il le faudrait, des savoirs. Nous n’avons pas le temps de leur apprendre. Un module non validé et l’étudiant ne peut pas passer son diplôme. Les étudiants sont frustrés, les soignants sont frustrés, tout le monde est frustré. Nous souhaitons la reconnaissance de toutes les spécialités au grade de Master (IBODE, PUER et Cadre). Nous proposons la mise en place d’un cursus complet de LMD en sciences cliniques infirmières, ainsi qu’un véritable statut pour le corps aide-soignant.

Concernant les conditions de travail, nous voulons que la pénibilité de la profession soit reconnue. Actuellement, les étudiants n’ont plus le choix. Leur diplôme en poche, ils sont directement en catégorie A, qui ne reconnaît pas la pénibilité. Le Collectif propose d’instaurer un ratio soignants/patients, ou encore de reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle. Quant aux libéraux, ils doivent être repositionnés comme acteurs majeurs du système de santé, tout en préservant leur autonomie et leur indépendance. Alors, arrêtons de les verbaliser !

Quant aux établissements de santé, c’est encore à part. Il y a trop peu de structures pour les personnes âgées ou pour les personnes atteintes d’un lourd handicap/maladie. Les familles ne savent plus quoi faire, ni comment s’y prendre. Malgré les alertes des proches, rien n’est fait. Souvenez-vous de ce qu’il s’était passé à l’hôpital psychiatrique de Pau, en 2004. La mère du tueur avait alerté, à plusieurs reprises, les institutions psychiatriques et la police de la dangerosité de son fils. Mais rien n’avait été fait … Résultat, deux soignantes tuées, dont une décapitée. Par ailleurs, au sein des EHPAD, il n’y a pas de moyens, il manque du personnel, mais il n’y a pas d’embauche. Qu’attend le gouvernement ?

Au quotidien, vous sentez-vous soutenus dans vos actions ou au travail ?

Le système de santé français se déshumanise progressivement. Dans un tel contexte, la majorité se sent impuissante et préfère se taire plutôt que de dénoncer les mauvaises conditions au travail. Alors oui, beaucoup s’insurgent sur les réseaux sociaux, mais nous sommes trop peu dans la rue. C’est la loi du silence. Certains sont victimes de pression au travail. D’autres, même s’ils ne sont pas soutenus par leur hiérarchie, ne reçoivent aucune pression.

D’autres actions sont-elles prévues ?

Oui, nous ne comptons pas en rester là. Nous voulons des actions concrètes ! Le système fonctionne actuellement au détriment du patient, et privilégie la rentabilité, au détriment de la qualité et de la sécurité des soins. Cela nous empêche d’exercer dignement nos rôles de tuteurs après des étudiants infirmiers et aides-soignants. Nous refusons de contribuer à cela. Nous exigeons la mise en place de postes supplémentaires adaptés à la réalité du terrain, en accord avec les différentes réglementations de la profession. Nous voulons également des revalorisations salariales et d’honoraires, une mise à plat de la nomenclature des actes infirmiers, et la reconnaissance du nombre d’années d’étude dans chaque spécialité. Nous demandons un vrai statut pour les aides-soignants, la prise en compte de la pénibilité de la profession, ainsi que l’intégration des primes pour les retraites.

Les soignants de « Ni Bonnes Ni Nonnes Ni Pigeonnes » sont toujours plus nombreux – une page Facebook avec plus de 19 000 fans, un groupe Facebook avec près de 38 500 d’adhérents et un compte Twitter avec 1 340 abonnés. Le Collectif se mobilise aussi bien sur les réseaux sociaux que dans la rue pour dénoncer la pénibilité et la dégradation de leurs conditions de travail au sein de la profession. 

La manifestation a réuni une dizaine de soignants à Lyon, qui se sont rassemblés devant l’Agence Régionale de Santé. Cette dernière les a reçus pour s’entretenir sur les points énoncés dans l’interview. 

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