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Soins infirmiers : stop aux interruptions des infirmières durant leurs soins

Depuis quelques mois, les hôpitaux déclarent la guerre aux interruptions de tâches des infirmières, pendant les phases de préparation et d’administration des médicaments, qui sont souvent sources d’erreurs. C’est notamment le cas du CHU d’Angers, qui a entamé des expérimentations pour les diminuer. 

Un patient qui appelle, un collègue qui vient vous consulter, le téléphone qui sonne… Trop, c’est trop. Chaque heure, une infirmière est interrompue cinq fois en moyenne, estime le CHU d’Angers. « Elle consacre un quart de son temps de travail à rattraper ces coupures » informe Marie-Christine Moll, médecin déléguée à la gestion des risques. 25% c’est trop élevé, surtout lorsqu’il s’agit de « tâches complexes pouvant entraîner des erreurs, et donc des accidents », ajoute-t-elle. Il ne viendrait à personne l’idée d’interrompre un chirurgien en pleine opération. Il en est de même pour l’infirmière lorsqu’elle prépare les médicaments. Avant d’apporter les médicaments aux patients, elle a pris le temps de les préparer, en contrôlant qu’il s’agit bien des médicaments prescrits. C’est une étape primordiale pour la sécurité des patients. 

Pourtant, l’infirmière est dérangée dans plus de 50% de ses activités. C’est stressant pour elle et dangereux pour ses patients. Le CHU d’Angers a réalisé une étude au sein-même de l’établissement. Il en résulte que les interruptions de tâche représentent 20% des événements indésirables graves, et occupent la première position, devant le manque de procédure formalisée et validée, l’absence de contrôle du travail du stagiaire, les erreurs dans la préparation extemporanée des médicaments à administrer, et la charge de travail trop conséquente.

495 interruptions de tâches ont été recensées, dont 95% étaient non justifiées.

L’étude a été menée 24h/24, dans sept services de soins, et durant sept jours. 495 dérangements ont été recensés, dont 95% étaient non justifiés. 134 interruptions de tâches étaient dues au téléphone, 132 à des professionnels non médicaux, et le reste à des médecins, des patients ou des visiteurs. C’est sur cette base que des équipes de professionnels, dont Marie-Christine Moll, ont travaillé, « pour réfléchir à des organisations de travail permettant de protéger les tâches sensibles »

Les professionnels du CHU ont ainsi observé qu’une interruption de tâche est souvent à l’origine d’erreurs, comme dans la mise en application de la procédure, un oubli de terminer la tâche interrompue, un défaut de contrôle, ou pire encore une erreur de dosage ou de patient.

Privilégier l’organisation des équipes.

Les équipes chargées de la gestion des risques au sein du CHU ont donc recensé toutes les propositions, avancées par chaque secteur. Elles ont fini par se centrer sur deux principaux axes. Il s’agit, dans un premier temps, de privilégier l’organisation des équipes. Les dérangements ont, pour cela, été priorisés, du plus urgent au moins urgent. La disponibilité des agents et la répartition des tâches ont également été revues, pour permettre aux services de fonctionner correctement lorsqu’un infirmier ne peut être dérangé. 

Dans un deuxième temps, ces équipes ont réfléchi sur la meilleure méthode d’identification des soignants procédant à une activité sensible, demandant de la concentration. Le port d’un gilet ou d’un brassard de couleur qui indique, symboliquement, que le soignant est en train de réaliser une tâche sensible, mais aussi le panneau « ne pas déranger » ont été évoqués. Les établissements de santé nord-américains sont friands de ces méthodes d’identification. Les services de soins ont approuvé et testent ces techniques, depuis septembre 2013, dans différents services comme la chirurgie, la réanimation ou encore la pédiatrie. 

Tout le monde doit comprendre que certaines tâches ne doivent pas être interrompues. 

Des affiches ont été conçues puis accrochées dans chaque unité, et le livret d’accueil a été mis à jour, pour sensibiliser les patients et leur entourage. Personnel médical et paramédical, patient et entourage, tout le monde doit comprendre que certaines tâches ne doivent pas être interrompues. 

Le bilan, quelques mois plus tard, est mitigé. Le brassard n’est pas suffisamment visible, peu de monde le remarque. Le port du gilet bleu, permettant à l’infirmière de ne pas être dérangée pendant sa tâche et de rester concentrée, a plus ou moins fonctionné. Les médecins et proches de patients sont plus attentifs aux consignes relayées par les affiches. Lorsque ce gilet bleu était porté, les soignants étaient moins dérangés, mais la taille unique, trop large, prêtait à sourire. Progressivement, le gilet a été délaissé pour des raisons d’inconfort et d’hygiène. Les équipes chargées de la gestion des risques sont toujours en pleine réflexion pour trouver des solutions sur le long terme.

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