Bienvenue

Stage ESI : Interview de la présidente de la FNESI, Karina Durand

Le 6 mars, La Passion du Soin rencontre Karina Durand, la présidente de la Fédération Nationale des Etudiants en Soins Infirmiers. L’occasion de faire le point sur l’évènement qui bouleverse la formation des ESI : le boycott des étudiants en stage par la FHP.

D’où vient la colère de la Fnesi ?

« La FNESI est en colère car les étudiants sont en colère. Il y a un mois la FHP a mis une menace sur leurs têtes, celle de ne plus les prendre en stage à partir du 1er mars 2014. Cette menace n’est plus une menace puisqu’ils l’ont mise en action lundi et ont refusé un certain nombre d’étudiants qui ont dus, sous la pression de la FNESI sur le ministère, être redirigé vers d’autres lieux de stage. 

Sauf que ces étudiants restent en colère parce qu’on leur a supprimé leurs stages et parce qu’ils sont utilisé comme un moyen de chantage sur le ministère. Même s’ils sont réaffectés vers de nouveaux lieux de stage ils sont trop nombreux. On peut trouver dans un service 5 étudiants, 2 infirmières et 10 patients. 

Les étudiants ont, encore une fois, été déconsidérés. Pour nous la coupe est pleine. Les conditions de stage et de vie dans l’IFSI sont difficiles, les études sont difficiles psychologiquement et socialement pour les étudiants. On utilise le mouvement justement pour apporter plus aux étudiants ».

Que répond la FNESI à la FHP face à cette décision ?

« Nous trouvons que les moyens qu’ils utilisent et leur façon de gérer leur propre crise est inadmissible et lamentable. Nous ne travaillerons pas avec la FHP, tant qu’ils n’auront pas levé leur boycott.

On a vu que le mouvement du 4 mars a fragilisé en partie la FHP puisque aujourd’hui ils sont prêt à accepter un compromis avec le ministère pour lever le boycott ».

Combien d’étudiants sont touchés ?

« 30 000 étudiants sont concernés par des stages en secteur privé. Sur ces 30 000 étudiants il y a à peu près 20 000 étudiants qui sont touchés par la décision de la FHP sur le semestre. Au 1er mars cela a donc touché 5 000 étudiants, sauf qu’au 10 mars cela va en toucher plus, au 17 encore plus…

Pour le moment nous avons réussi à réaffecter les étudiants pour lundi, il faut que le boycott se lève rapidement, parce que lundi prochain se posera le même problème. 

Malgré tout cela, chez les étudiants les parcours sont différents : des étudiants qui devaient se retrouver en chirurgie se retrouve à faire leur stage en EHPAD. Suivant le moment où on en est dans le cursus de formation cela a un impact et peut être pénalisant ».

Concrètement quelles sont les revendications de la FNESI ?

« Envers la FHP nous demandons la levée immédiate du boycott.

Envers le ministère, nos revendications tournent autour de la qualité des stages : formation et valorisation des tuteurs avec une incitation à la politique d’encadrement dans les services. Nous demandons également une ouverture des stages dans l’ambulatoire.

La seconde chose est la refonte de la gouvernance en institut. Nous voulons que les formateurs et les étudiants aient leur place et puisse avoir un impact, par exemple, sur la maquette pédagogique.

Le 3ème volet concerne les aides sociales. La loi stage vient de passer à l’Assemblée, nous demandons justement d’être intégrée et d’avoir ainsi de vraies indemnités de stage. Les indemnités actuelles n’ont pas été revalorisées depuis 2001. Enfin nous demandons la gestion de nos bourses par le CROUS, un système beaucoup plus facile pour les ESI. Ces revendications existent depuis longtemps mais nous profitons des évènements actuels pour avancer sur ces problématiques ».

Quelles actions avez-vous entreprit pour vous mobiliser face au boycott ?

« Mardi 4 mars il y a eu 14 manifestations sur toute la France en une seule journée, à Bordeaux, Lille, Paris, Lyon, Marseille, Bastia... Nous avons réussi à regrouper environ 15 000 étudiants. Nous avons mis un coup de pression lundi dernier, juste avant le comité exécutif en faisant deux manifestations, une à Tours et une à Lyon. Nous avons également soutenu la manifestation de Lille, mercredi, juste après le comité exécutif pour bien montrer que les étudiants étaient présents.

Mardi, 50 étudiants se sont mobilisés sur Chollet, ils ont bloqués toutes les rues et la clinique et ont réussi à réobtenir leurs stages. Ce sont de petites avancées qui nous montrent que tout est possible.

Le 13 mars une mobilisation nationale est prévue, suivant les avancées. On a fait un appel à manifestation pour que les étudiants se tiennent prêt si rien n’a évolué d’ici là. Le 4 mars était une  petite démonstration de force, la manifestation du 13 mars sera de plus grande envergure ».

Jeudi dernier vous avez rencontré Marisol Touraine, qu’est-il ressorti de cette réunion ? Etes-vous satisfaite de la réponse apportée par la ministre ? 

« Nous sommes en partie satisfaits, car sa promesse de 100% de réaffectation a bien été respectée puisque tous les étudiants ont été redirigés vers d’autres lieux de stage ce lundi. Maintenant il faut voir la suite. Face à cette situation de crise nous allons rester très vigilants que ce soit sur la qualité des stages, de l’encadrement, des soins et l’impact que cela peut avoir sur la prise en charge du patient aussi.

Et nous l’avons sensibilisé à la cause étudiante, aux conditions de vie des ESI. Il ne faut pas grand-chose aux étudiants alors le gouvernement peut profiter de cette situation pour leur donner ce qu’il faut pour suivre la formation dans de bonnes conditions. Par exemple pour les aides sociales, une discussion qui reste pour le moment un peu flou. Je lui ai bien fait comprendre que pour notre mobilisation contre la décision de la FHP, s’il n’y avait pas eu tout le reste ça n’aurait pas eu autant d’impact. C’est l’accumulation de tout qui fait que nous en sommes à cette situation.

Demain matin nous devons recevoir une lettre d’engagement du ministère de l’enseignement supérieur et du ministère de la santé, qui doivent promettre de réelles avancées pour les étudiants ».

A peine 24 heures se sont écoulées entre cette interview et l’envoi de la lettre d’engagement des ministères. Aujourd’hui la FNESI ne cache pas sa déception, les ministères ne proposant pas d’avancées concrètes dans la qualité des conditions sociales et pédagogiques des ESI. De plus la FHP n’ayant fait part d’aucune communication concernant le boycott, le blocus est maintenu. La Fédération informe donc officiellement dans un communiqué de presse la mise en place de la manifestation du 13 mars, invitant tous les ESI à se mobiliser.

0 commentaire

Déjà inscrit

 Se souvenir de moi

Pas encore inscrit ? Rejoignez La Passion du Soin !

 J'accepte les conditions générales d'utilisation de La Passion du Soin

A lire aussi

Il n’y a pas que l’âge de la mère qui influe sur la santé de l’enfant. Selon une étude américano-suédoise, la paternité tardive aurait des effets sur la santé mentale du bébé.