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33 % des étudiants en médecine ont déjà consommé des psychostimulants

Un tiers des étudiants en médecine en France ont déjà consommé des psychostimulants dans le but notamment d'obtenir de meilleurs résultats à leurs examens, avec la particularité de recourir pour certains à des corticoïdes oraux, montre une enquête menée par six médecins.

Cette enquête a été conduite dans le cadre d'un diplôme inter-universitaire (DIU) de pédagogie médicale car il n'existait jusqu'à présent aucune donnée précise en France sur le recours des étudiants aux psychostimulants pour augmenter leurs performances, indique le Dr Guillaume Fond de l'hôpital Henri-Mondor à Créteil (AP-HP), jeudi à l'APM.

Avec le Dr Philippe Domenech à Henri-Mondor et quatre autres médecins, ils ont sollicité au printemps dernier des étudiants en médecine et des médecins diplômés pour répondre à un court autoquestionnaire par internet, obtenant des réponses de quelque 1.700 personnes (63% de femmes) de toute la France, avec une répartition équilibrée entre les étudiants des premier, deuxième et troisième cycles ainsi que les doctorants.

Après exclusion des étudiants qui prenaient des psychostimulants pour raison médicale (hyperactivité, narcolepsie), il apparaît que 33% des répondeurs déclarent avoir déjà consommé des psychostimulants dans leur vie (en dehors du café et de la vitamine C) sans différence entre les hommes et les femmes.

Ils sont 30% à rapporter une prise de psychostimulants en vente libre, comme des comprimés de caféine concentrée type Guronsan* (Bayer) ou des boissons énergisantes contenant de la caféine. Ces personnes commencent leur consommation en majorité dans les années précédant le concours de première année ou l'examen classant national (ECN), principalement pour augmenter leur vigilance en compensation probablement de la privation de sommeil, notent les auteurs dans un résumé des données.

Les consommateurs de psychostimulants en vente libre présentent un risque doublé de consommer d'autres psychostimulants par rapport aux étudiants qui n'en prennent pas.

Le recours à des psychostimulants disponibles sur ordonnance est plus faible, avec 6,7% des étudiants déclarant un usage de corticoïdes, de méthylphénidate et/ou de modafinil. L'objectif principal est d'augmenter les performances aux examens et la vigilance, notamment pour les gardes. Il s'agit en majorité d'"étudiants ayant déjà validé l'internat, et ont donc le pouvoir de prescription", plutôt des corticoïdes après l'internat et davantage de méthylphénidate et de modafinil après la thèse, fait observer le Dr Fond.

Les prévalences des consommations de méthylphénidate et de modafinil en France sont inférieures dans cette enquête à celles observées chez des étudiants d'autres pays (toutes disciplines universitaires confondues), ce qui s'explique probablement aux restrictions de prescription de ces deux molécules en France (spécialistes, ordonnances sécurisées...) et suggère une politique efficace pour limiter le mésusage, notent les chercheurs.

En revanche, le recours aux corticoïdes est élevé (4,5%), "ce qui semble être une spécificité française". Ces étudiants déclaraient rechercher majoritairement à augmenter leur vigilance au cours des périodes de révisions. "Ce n'est pas une prise systématique et chronique mais la consommation de corticoïdes oraux pendant quelques semaines peut avoir des effets secondaires graves, notamment de l'anxiété, du stress, une prise de poids, une fonte musculaire", souligne le Dr Fond.

Les résultats indiquent par ailleurs que 5,2% des étudiants prennent des psychostimulants illicites, comme de la cocaïne et des dérivés d'amphétamines (ecstasy, MDMA) à visée récréative ou expérimentale. "C'est moins que la prévalence pour la population française générale, autour de 7-10%, suggérant que les étudiants en médecine sont plus prudents avec ce type de produit", commente le chercheur.

Aucun étudiant n'a déclaré être dépendant aux psychostimulants mais comme il s'agit d'autoquestionnaires, "les sujets pointent par là en tout cas la sensation de contrôle sur la prise de psychostimulant et de consommation ponctuelle", notent les auteurs.

Globalement, les chiffres de la France se rapprochent de ceux de la Suisse, semblent plus élevés que ceux de l'Allemagne et des Pays-Bas et sont inférieurs à ceux des Etats-Unis, où le phénomène de consommation de psychostimulants augmente régulièrement depuis 20 ans dans les campus universitaires, indiquent-ils.

Cette enquête "questionne la difficulté des études médicales, longues et exigeantes sur le plan de la performance mnésique, avec deux niveaux de sélection et impliquant des gardes qui perturbent fortement la concentration et la vigilance", concluent les auteurs. Ils suggèrent notamment des actions de prévention orientées vers les étudiants consommateurs de psychostimulants en vente libre.

Ces travaux vont être soumis à publication dans une revue médicale internationale, indique le Dr Fond. Il espère mener ensuite une autre enquête sur la consommation de psychostimulants chez les étudiants d'autres disciplines.

www.apmnews.com - ld/ab/APM polsan

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